
Un transfert saisonnier d’activités s’opère entre le glacier Nïce et la chocolaterie Genaveh. (Photo: Genaveh)
Quand un glacier ferme pour l’hiver, un chocolatier prend le relais. À Belair, Nïce accueille Genaveh pendant sa pause saisonnière. Une histoire de synergies, une manière de faire vivre une boutique sur la durée, de partager ses équipements et de garder le quartier éveillé. L’immobilier aussi peut avoir le sens du partage.
Les glaces ont leurs saisons. Les chocolats aussi. Les mètres carrés, en revanche, restent généralement au même endroit, 12 mois sur 12. À Belair, deux enseignes ont décidé de tirer parti de cette évidence: cet hiver, la chocolaterie Genaveh s’installe chez le glacier Nïce, sis 128, avenue du Dix-Septembre. Le pop-up a ouvert le 3 novembre et jouera les prolongations jusque mi-février. De quoi passer du cornet au chocolat chaud sans laisser refroidir l’adresse. Et vice versa.
Du bon sens au service des espaces
Derrière ce passage de relais, une observation assez banale. L’an dernier, Alexandra Kahn, à la tête de Genaveh, remarque que son partenaire glacier a fermé pour la saison. Un local commercial vide, donc. Un de plus?
Les deux maisons se connaissent bien: elles ont déjà créé ensemble deux glaces à partir des ingrédients de la chocolaterie. Partant alors du constat que les vitrines restent vides en période de frais et de froid, la jeune femme se demande s’il n’y a pas quelque chose à en tirer. «D’autant que la fermeture de Nïce coïncide avec le début d’une période d’intense activité pour Genaveh…» sourit-elle.
Mais en septembre 2025, l’idée arrive toutefois un peu tard. La chocolaterie est alors toute à l’ouverture de sa nouvelle boutique à Steinfort. Ajouter une adresse éphémère au programme eut été, selon les mots d’Alexandra Kahn, «too much». Le projet attendra. Les discussions reprennent alors après Pâques et débouchent sur un accord pour occuper le magasin pendant sa fermeture hivernale 2026/2027.
Ne pas défaire ce que l’activité commerciale a lentement construit
L’intérêt dépasse le plaisir de trouver du chocolat au coin de la rue. Une boutique saisonnière qui ferme, c’est aussi un lieu de rendez-vous qui s’interrompt. Selon Alexandra Kahn, Nïce possède une clientèle fidèle, dont certains habitués passent quotidiennement, parfois simplement pour un café. Pendant plusieurs mois, le rideau baissé pourrait défaire ce que le commerce a patiemment tissé: une habitude, un détour, une petite vie autour de son comptoir.
La passation saisonnière permet alors de maintenir une activité à cette adresse. Pour Genaveh, il offre un point de vente supplémentaire pendant une saison décisive. Pour la vie du quartier, une raison de continuer à pousser la porte.
Voilà donc une petite leçon d’usage des bâtiments, entre deux bouchées gourmandes: avant de chercher des mètres carrés supplémentaires, regardez ceux qui prennent temporairement congé. Ici, la complémentarité des calendriers permet de faire davantage avec un lieu déjà disponible.
Le bon équipement au bon moment
Car une boutique ne se résume pas à une adresse et à une jolie vitrine. Encore faut-il pouvoir y conserver ce que l’on vend. Et, sur ce point, les installations du glacier présentent un avantage très concret.
«En ville, nous ne sommes pas en mesure de vendre de la pâtisserie fraîche, puisque ne disposant pas des installations idoines», explique Alexandra Kahn à propos de la boutique de la rue Philippe II. Chez Nïce, les équipements permettent de proposer cette gamme puisque le local commercial de toute la réfrigération requise pour les produits glacés.
L’intégralité des produits de l’enseigne peut donc être ici proposée. Le détail est gourmand, mais l’enseignement immobilier est sérieux: la valeur d’un espace tient aussi à la possibilité d’en partager les équipements avec une activité compatible.
L’expérience tient ainsi à quelques ingrédients très concrets: deux partenaires qui se connaissent, des saisons qui se complètent et un local qui se prête à la relève. Sans prétendre résoudre à elle seule la question des commerces inoccupés, cet exemple donne à réfléchir sur une idée à regarder de près. Et pourquoi pas, à multiplier.
Les glaces peuvent hiberner. La boutique, elle, ne dormira pas en attendant le retour des beaux jours.
(Paperjam)